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L’équation du FOU au colloque de Perpignan

Posté le par le français dans le monde

Tenter de tracer les frontières et de situer les concepts les uns par rapport aux autres dépasse le simple exercice de style. Face à la diversité des sigles et acronymes, de français général (FG), français langue seconde (FLS), français de spécialité (FS), français sur objectif(s) spécifique(s) (FOS) à français langue académique (FLA), voire objectifs universitaires de français (OUF), où se situerait le concept de français sur objectifs universitaires (FOU) ? Après le Colloque du Forum Héraclès « Le Français sur Objectifs Universitaires – FOU », qui s’est tenu du 10 au 12 juin 2010 à l’Université de Perpignan, voici une tentative d’identification de ce concept jeune et en plein développement.


Un public composé de plus de 150 enseignants et experts de l’enseignement-apprentissage du français langue étrangère en établissements d’enseignement supérieur, venus en majorité de France, mais aussi d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques, a pris part à la conférence inaugurale donnée par Chantal Parpette et Jean-Marc Mangiante, respectivement maîtres de conférences à l’Université Lyon 2 et à l’Université d’Artois, ainsi qu’à la conférence plénière de Florence Mourlhon-Dallies, maître de conférences à l’Université Paris III Sorbonne nouvelle.

Ces derniers se sont attachés à définir et délimiter les contours de ce concept en émergence qu’est le FOU, sachant que des pratiques d’enseignement du FLE en milieu universitaire français et francophone ont lieu depuis plus d’une vingtaine d’années.


Comme en FOS, le FOU procède d’une analyse des besoins…

La démarche FOU est effectivement au cœur d’une réflexion sur l’analyse des besoins à la rencontre d’une demande / commande, à savoir la réussite universitaire au niveau d’un semestre ou d’une année, et d’une offre, celle des formations / certifications francophones qui ont attiré un nombre grandissant d’étudiants internationaux au cours de la dernière décennie.

Au-delà de ce constat que tout gestionnaire de l’éducation peut formuler, les attentes sont grandes tant pour les institutions que les premiers concernés, les étudiants allophones qui intègrent de nouveaux cursus d’enseignement supérieur avec des contraintes, des enjeux et des « règles du jeu » qui leur sont propres, en l’occurrence si l’on pense à la culture universitaire « à la française » : ils doivent s’adapter à un système souvent très différent du leur et de ce qu’ils ont connu et pratiqué. Les participants au colloque ont, au travers d’échanges d’expériences et dans un contexte marqué par la croissance du nombre des étudiants internationaux ainsi qu’une concurrence plus vive entre systèmes d’enseignement supérieur, déploré les nombreuses situations d’échec d’étudiants allophones, souvent en raison de déficiences et d’insécurité linguistiques. Dans une vision macro on évoquera également les problèmes interculturels entre culture source et cible qui renvoient aux questions d’acculturation universitaire avec des étudiants qui éprouvent des soucis de transfert de leurs compétences d’apprentissage ; dans une vision micro, les spécificités disciplinaires au niveau des actes de parole ou des enchaînements de discours constituent autant de difficultés qu’il faut franchir. Mais il est délicat de les franchir seul ; en cela, les enseignants et les structures institutionnelles mobilisés, par exemple autour du FOU, peuvent constituer un moyen efficace – et certainement efficient car cet investissement doit produire des rendements démultipliés – se traduisant par des taux de réussite académique et de satisfaction personnelle en essor.


… mais se singularise par la combinaison des fonctions scientifique, pédagogique et institutionnelle

La démarche FOU s’inscrit dans une approche systémique. Les cours à comprendre et réexploiter avec des exigences disciplinaires variées, les arrières-plans culturels mobilisés et les réalités institutionnelles incarnées par leurs règles et leur contexte constituent des sous-systèmes et mobilisent un ensemble de compétences où des défaillances sur certaines d’entre elles nuiraient à la maîtrise des autres.

S’intéressant tour à tour aux compétences de compréhension orale (« le cours magistral » – CM) et aux compétences de production écrite, Chantal Parpette et Jean-Marc Mangiante ont dégagé la complexité des discours universitaires et les compétences exigées des étudiants à différents niveaux. Cela amène le chercheur à considérer cet objet langagier comme très complexe en raison de différents emboitements contextuels, par exemple comment traiter l’énorme dimension culturelle véhiculée par les discours.

La complexité décrite dans les activités de compréhension orale en CM n’est pas moindre pour les compétences de production écrite, qu’il s’agisse de restitution de cours au travers de définitions ou démonstrations, de commentaires et synthèses de documents, et d’études de cas et simulations qui visent, par l’analyse d’une situation particulière vue en cours, à réinterpréter les données en leur donnant du sens.


Le FOU en équation

Définir le FOU s’apparente donc à un exercice épineux. Florence Mourlhon-Dallies évoque à cet égard les roses et les ronces tant il est difficile de tout traiter, de bien prendre en compte les diverses facettes du kaléidoscope que l’on peut percevoir dans l’équation du FOU qu’elle propose :

FOU = [FA (Français Académique) + FLS (Français Langue Seconde) + FIU (Français pour l’Intégration Universitaire) + x % de FS (Français de Spécialité)] (dérivé de FOS), sans compter pour les étudiants en fin de cursus académique, du français de la communication professionnelle transversale, ou français pré-professionnel.

Il ne s’agit cependant pas de la formule magique de la recherche de la performance académique des étudiants allophones dans l’université « à la française ». Cette équation peut sembler être un pis aller dans la mesure où elle montre la difficulté à articuler dans une pensée unique et construite tous ces éléments, que l’on juxtapose.

Dans cet esprit, le FOU n’est pas un produit pédagogique. Il s’inscrit en tant que démarche ou méthodologie avec de grands besoins de recherche. Il a été dit à plusieurs reprises qu’il y a beaucoup à faire dans la construction d’outils adaptés aux besoins des enseignants, des étudiants et des institutions, par exemple un référentiel langagier transversal appliqué à la formation linguistique.


Un grand chantier en construction

Ce colloque a permis non seulement de faire un bilan des avancées concernant le FOU mais aussi de saisir le travail considérable qu’il reste à faire dans une perspective managériale, c’est-à-dire au niveau du travail interdisciplinaire et d’équipe au sein de l’institution universitaire, et dans une perspective didactique au travers de l’élaboration d’outils.

Benjamin Benoit

Enseigne à l’Université de Perpignan

DILTEC-Paris III et GREG-CNAM

Site du Forum Héraclès : http://www.forumheracles.org

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